A 1 km autour de chez moi, 59 rue de Tunis

30 Avril 2020 , Rédigé par Rando evasion

Aujourd'hui, c'est devant le collège Maryse Bastié que je me suis arrêtée.

Etablissement public situé au 56 de la rue Léon Faucher il accueille 570 élèves de la classe de 6ème à celle de 3ème avec une section SEGPA (section d’enseignement général et professionnel adapté. Cette section accueille des élèves présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables)

Cet établissement a emprunté son nom à une femme exceptionnelle qui mérite d'être connue.

Maryse Bastié, femme volante

Des dizaines de rues, écoles, centres sportifs ou culturels portent son nom (à Reims, une rue, un parc  et un collège), éventuellement sa «profession» d’aviatrice et ses dates de naissance et de mort (1898-1952).

Mais la vie de Maryse Bastié est beaucoup trop riche pour se résumer à cela.

Elle se signale au grand public en 1929 en établissant un record du monde féminin : aux commandes de son avion, elle vole vingt-six heures quarante-quatre.

 Match signale l’exploit en des termes pleins de lyrisme (machiste à nos yeux de 2020, mais très admirateur pour cette année 1929...). 

«Fine, gracile, jolie Maryse Bastié ne paraît pas à première vue être marquée pour des destins dangereux ou des besognes hasardeuses. Peut-être en plongeant plus profondément dans ses yeux, y verrait-on cette flamme de l’audace et ce trouble du rêve ; mais on ne plonge pas dans les yeux de Maryse qui sait sourire et demeure femme.»

Avant de devenir cette merveilleuse femme volante, Maryse Bastié a connu un parcours éprouvant.

Née à Limoges dans un milieu modeste, orpheline de père à 11 ans, adolescente rebelle, ouvrière rétive à l’autorité dans une usine de chaussures, mariée tôt, divorcée. Elle s’emballe pour l’aviation avec son second mari, le lieutenant pilote Louis Bastié, qui fut son filleul de guerre.

Elle obtient son brevet de pilote le 29 septembre 1925 et l’étrenne la semaine suivante, avec une audace qui épate les Bordelais, ainsi que le raconte Match : 

«Avec son petit zinc, pour son premier vol libre, elle s’en alla survoler la Garonne et passer sous les câbles du pont transbordeur en construction. C’était de la folie ? Bien sûr.» 

Un mois et demi plus tard, elle relie Bordeaux à Paris en six étapes pour son premier voyage.

«Sourde oreille»

La mort de son mari dans un accident d’avion, en 1926, n’éteint pas sa passion. 

Elle «monte» à Paris, brûle d’envie de voler haut mais ses activités (baptêmes de l’air, publicité aérienne) ne lui en fournissent pas les moyens.

Elle démarche alors les constructeurs pour trouver un appareil. 

«Ils  faisaient la sourde oreille.  On en était aux grands raids qui coûtaient cher et ne rapportaient pas tout ce qu’on attendait. Il y avait pléthore d’excellents pilotes capables de tous les exploits. Qu’allait-on demander à une femme qui n’avait pour elle que sa jeunesse et sa témérité ?»

 La rencontre avec le pilote Maurice Drouhin lui permet de dénicher un avion.

C’est le début des exploits et des premières.

-Record du monde de distance en ligne droite avec Drouhin, 1 058 km en 1928.

-Première femme à décrocher la licence de transport aérien public, la même année.

-Record de France féminin de durée de vol, 10 h 30 en 1929, et enfin le record du monde.

Maryse Bastié raconte ce vol qu’elle a achevé au bord de l’épuisement après avoir lutté tout du long contre le froid et la fatigue. 

«Songez à l’atterrissage, que je n’ai rien ou presque absorbé depuis mon envol. […] Je suis sur les nerfs. Malheureusement d’ailleurs car il me restait suffisamment d’essence pour tenir en l’air pendant plusieurs heures encore.» 

Dans son autobiographie, elle écrira sept ans plus tard que pour s’empêcher de dormir, elle s’était aspergée les yeux d’eau de Cologne. 

Mais elle veut aller encore plus loin.

Elle  réalise cet exploit à l’été 1931. Elle décolle le 28 juin à 5 heures de Paris.

Direction plein Est.

Le lendemain à 11 heures, elle se pose à 2 976 km de là, à 50km de Novgorod en URSS. Retour et accueil triomphal au Bourget :

Elle a battu le record de distance féminin de l’inévitable Léna Bernstein (2 268 km), mais également le masculin, de l’Américain Zimmerly (2 655 km).

A Match, le 18 décembre 1934, elle explique qu’elle a interrompu sa chasse aux records.

« Il faut bien dans la vie songer à la situation matérielle. On ne peut, sans fortune personnelle, se consacrer à l’aviation de records.» 

Lorsque  la Seconde Guerre mondiale est déclarée, elle s’interroge: “Comment se battre quand votre pays vous trahit ?” Elle veut encore et toujours se sentir utile et devient agent de liaison dans un réseau de la Résistance

Elle est repérée et arrêtée par les Allemands. Ne jamais céder, ne pas trahir ses idéaux, se battre pour le droit de vote des femmes, savoir vouloir, sont ses précieux sésames.
Maryse Bastié aura été entourée, cernée et même effleurée par la mort : son mari, les aviateurs et aviatrices Lena Bernstein, Hélène Boucher, Jean Mermoz, Saint-Exupéry… Ébranlée mais pas rompue. “Que restera-t-il de nous ?” se demande-elle à  la fin de la guerre. En réponse:la mémoire invaincue d’une femme.

Vous pourrez la retrouver dans le livre d' Agnès Clancier "une trace dans le ciel"

Pour poursuivre sur le sujet, et quand les musées seront à nouveau accessibles, celui du fort de la Pompelle consacre toute une aile sur les hauts faits d'aviation pendant la première guerre mondiale.

Et n'oublions pas que c'est de Bouy à Reims qu' Henry Farman a effectué le premier vol de ville à ville le 30 octobre 1908.

 

 

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Fournier 11/05/2020 17:28

Merci de nous instruire

DB 02/05/2020 10:46

Passionnant mais dommage que tu n’ai pas évoqué son décès lors d'un meeting aérien.

Nicole 01/05/2020 09:48

Passionnant, merci !