A 1 km autour de chez moi

24 Avril 2020

Au départ du 71 avenue Jean Jaurès / Episode 3

Nous nous sommes quittés devant le Temple mais entre-temps, j’ai fait quelques découvertes. D’une part, les terrains du boulevard furent lotis à la suite de la destruction des remparts de 1848 à 1869, les anciens fossés comblés pour faire place à des boulevards plantés d’arbres et bordés de constructions élégantes. D’autre part, le boulevard Lundy n’est autre que l’ancien boulevard du Temple, qui tirait son nom de l’ancienne commanderie des Templiers, qui se trouvait à proximité et non du Temple protestant. Il fut débaptisé en 1887 pour prendre le nom de Jean-Pierre LUNDY. Né à Reims en 1809 c’est un négociant en tissus, tout le monde ne peut pas être négociant en vins ! La ville garde son souvenir pour deux raisons : sa contribution à la construction, en 1890, de la maison de convalescence (rue de Sébastopol) et de crèches et le don de sa collection de tableaux, dont quelques Corot, au Musée des Beaux-arts. 

Autre découverte : cette  photographie du 26 août 1917, prise à l’angle du Boulevard Lundy et de la rue Camille Lenoir (ancienne rue de Bétheny).Source : Collection BDIC/Gallica, fonds Valois (cote BDIC_VAL_049_095) https://www.reimsavant.documentation-

Source : Collection BDIC/Gallica, fonds Valois (cote BDIC_VAL_049_095) https://www.reimsavant.documentation-

Source : Collection BDIC/Gallica, fonds Valois (cote BDIC_VAL_049_095) https://www.reimsavant.documentation-

Elle montre l’ancien hôtel de la Plume au Vent, rendez-vous des messagers qui desservaient …les Ardennes. On a ainsi la confirmation, si besoin était que c’est bien par l’avenue Jean Jaurès que les ardennais ont envahi Reims ! Il n’a pas résisté comme on le voit sur la photo aux ravages de la Grande Guerre.

Seul le pignon arrondi de la maison de la rue Camille-Lenoir a permis de localiser exactement cette photographie.

A Rando-Evasion, on vous dit tout !!

Remontons le boulevard et laissons-nous questionner. Que va-t-il sortir de derrière ces ombres ? ce sera pour le prochain confinement !

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Pas de surprise pour jean XXIII, sorti de terre tout en verre et alu. Le contraste est saisissant avec l’ensemble de la rue mais somme toute assez bien réussi.

Ces précisions faites, nous voici arrivés au 34 du boulevard. Eh oui il ne fait pas bon traîner quand on a une heure de sortie ! 

Par Clelie Mascaret — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22706214

Nous sommes devant le siège du champagne Jacquart. L'ancienne petite coopérative rémoise que certains ont vu se créer en lui promettant un bel échec, joue désormais dans la cour des grandes marques et sur le boulevard, l'un des quartiers favoris des grandes maisons de Reims.

Son emblème la prédestinait à la renommée !

 

Pas n’importe où sur le boulevard puisqu’il occupe prestigieux hôtel de Brimont face à l’hôtel de la maison Louis Roederer. Champagne Jacquart car implanté il y a cinquante ans, rue Jacquart. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ah, non c’est l’inverse dans ce cas de figure. Les premiers succès la transportent de joie, certes mais surtout dans la rue de Mars. Chaque rémois connaît bien le fronton du siège, mosaïque colorée à la gloire des métiers de vigneron et d'élaborateur de champagne (œuvre de 1896 de Blanc et Guillonnet).

Mais la dernière étape n’en est pas moins prestigieuse, puisque nous parlons de l'hôtel de Brimont,

C’est en 1896 qu’André de Brimont fit construire cet hôtel sur une parcelle formant l’angle des rues Kellermann et Coquebert. Ces terrains avaient été libérés par la démolition des usines Pierrard-Parpaite dont les héritiers firent ouvrir à leurs frais la rue Kellermann. (On a les moyens ou on ne les a pas !)

On attribue la conception à l’architecte Paul Blondel, Grand Prix de Rome, et l'un des plus proches collaborateurs du baron Haussmann à l'époque des grands travaux parisiens.

Durant la Grande Guerre, contrairement à la plupart des maisons de Reims, l’hôtel n’eut pas à subir de gros dommages. Il fit partie de ces 6.247 maisons réparables, sur les 14.150 que comptait la ville en 1914, et peut-être même de ces 60 immeubles immédiatement habitables ?

L’hôtel fut réquisitionné par les Allemands durant l’Occupation, puis occupé par les Américains, dont les aides de camp du général Eisenhower.

Il fut vendu en 1948, par Bertrand Mure, PDG de la Maison Ruinart, au Groupement professionnel des Industries du Verre.

En 1959 le Ministère de l’Education Nationale en devient propriétaire et y fera aménager l’internat des filles qui venaient de conquérir le lycée Roosevelt. Plusieurs services du Rectorat s’y installent mais l’Etat n’a pas les moyens d’entretenir un tel monument.

L’achat par Jacquart donne le coup d’envoi de la rénovation et il était temps car beaucoup de rémois dont je fais partie, se désolaient de cet abandon.

La rénovation a permis de remettre en état ses magnifiques grilles. Les pièces en métal repoussé étaient fort probablement dorées à la feuille d’or comme celles de l’hôtel François rénovées il y a peu, sur le même boulevard (Chambre de Métiers). Style un peu ostentatoire qui rompt avec les habitudes rémoises, plus enclines à cacher leur luxe derrière des murs anodins. Cette grille forme deux doubles portes pour permettre aux attelages de déposer leurs passagers sous la marquise et de ressortir avec facilité. (Tiens nous avons déjà vu cela !)

L’hôtel se situe entre cour et jardin. C’est un pastiche du style Louis XV avec des décorations Art Nouveau.

Deux pavillons encadrent la cour. Celui de droite, sur la rue Kellermann, était destiné aux bureaux 
de la maison Ruinart, qui serait la maison de vins de Champagne la plus ancienne de Reims.
Le pavillon de gauche, sur la rue Coquebert, était affecté aux communs, remises et écuries.

L’ornementation de la façade est très soignée, sans profusion de sculptures, sans doute pour ne pas nuire à la richesse de la grille d’entrée.

La grande porte vitrée, est surmontée d’une imposante marquise, laquelle est elle-même surplombée par un balcon à corbeille en fer forgé. La partie supérieure de la fenêtre est sculptée des armoiries de la famille Ruinart de Brimont dans un cartouche ailé richement décoré. Sous la couronne vicomtale, le blason, soutenu par deux lions, se lit ainsi :
D’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles d’argent et en pointe d’un cœur du même ; au chef d’or chargé d’une rose de gueules.

Un important œil de bœuf s’ouvre dans une lucarne monumentale, richement sculptée, et termine le tout. Corniche, balustrade, Celle-ci, lucarnes en pierre et pots à feu, ceinturent la toiture à la Mansart.

Côté jardin, un hémicycle s’orne d’un grand balcon, en corbeille, aux consoles décorées d’énormes gueules de lion. 
Le hall d’entrée a conservé sa fontaine en stuc et ses décors de staff.

credit photo: refletsactuels.fr

Le rez-de-chaussée se compose de cinq pièces de réception et d’un office avec accès direct au sous-sol et aux étages pour le service.

credit photo: refletsactuels.fr


Dans ce sous-sol, on peut toujours voir l’ingénieux système de chauffage, installé par l’entreprise rémoise Lefebvre, Bellezanne & Buard. De l’ancien calorifère, partait un certain nombre de gaines pour diffuser l’air chaud qui arrivait par le sol des pièces à travers des grilles de bronze. Chaque gaine était munie d’un clapet que l’on pouvait ouvrir et fermer à volonté, suivant les besoins. À chacune de ces clefs était suspendue, au moyen d’une chaînette, une étiquette en métal émaillé portant le nom de la pièce desservie.

Comme il se devait dans la haute société, la famille Ruinart de Brimont avait aussi sa maison de campagne qui n’était autre que le château de Brimont, à quelques kilomètres de Reims. Le chateau a été le siège d'une bataille en septembre 1914 et on voit ci-dessous l'état dans lequel il a été retrouvé. Si la bataille vous intéresse, voici le lien :

https://massif1418.wixsite.com/massif14-18/attaque-du-chateau-de-brimont-sept-

Je n'ai pas trouvé de photo récente mais cela fera l'objet d'une d’une promenade post-covid !

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Ne quittons pas le 34 sans jeter un œil en face, au non moins prestigieux hôtel du champagne Louis Roederer qui présente la rare particularité d’être toujours occupé par une famille. Lors de son décès en 1907, le comte Alfred Werlé  affiche les titres suivants : Charles Barbe Alfred Werlé, comte romain, propriétaire, négociant en vins de Champagne, administrateur des Chemins de fer de l’Est, consul de Russie, membre de la Chambre de commerce de Reims, commandeur de l’ordre de Pie IX, commandeur de l’ordre de Charles III d’Espagne, Maire de la commune de Pargny-lès-Reims. Le cumul des mandats ne date pas d'hier !

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On devrait l'appeler le boulevard au champagne car ce n'est pas fini !

Vous pouvez rajouter au 1 rue Kellermann, la maison Mautondon, qui débute en 1891 avec Auguste Louis, se développe dans les années folles, propère grâce à Josephine Baker, mais oui mais oui. Elleest actuellement propriété d'Alliance Champagne.

On enchaîne sur le trottoir de droite avec la maison Krug. Prenons le temps de rêver quelques minutes à toutes ces bouteilles que nous allons boire pour fêter la fin du confinement …dans quelques mois

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Il reste un peu de place dans ces allées pour d’autres activités mais d’aussi belles adresses. Jugez-en avec les affiches Matot Braine ainsi que ce coiffeur dont on peut parier que le téléphone va sonner dès le 11 !

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En attendant, le bitume frise naturellement !

Enfin nous voici arrivés au bout de notre étape avec ce bel immeuble, fraîchement ravalé me semble-t-il. Le travail du zinc sur les lucanes est neuf et d’un bel effet. Il y a encore des artisans.  

Et voici les grilles de la Chambre des Métiers qui donne un aperçu de l’effet que devaient rendre celles de l’Hôtel de Brimont.

Passé l’échafaudage, je suis obligée de tourner à droite dans le garage d’un loueur de voitures car c’est là que s’arrête mon rayon.

J’aborde la rue de champ de Mars en longeant le cimetière du Nord. Il est fermé mais aucun mur n’empêche la circulation des pensées avec les âmes amies. Souvent appelé le Père Lachaise rémois, on a beaucoup écrit sur cet endroit. Je me contenterai donc de vous donner les liens ci-dessous, vous en avez pour au moins une demi-journée de lecture. Gageons que vous aurez envie d’aller déambuler dans ses allées dès le 11 mai.

https://sites.google.com/site/lavieremoise/notices-necrologiques/deces-de-la-vie-remoise/cimetiere-du-nord

https://www.geneanet.org/cimetieres/collection/14176-cimetiere-du-nord

Il reste encore du chemin à faire pour terminer ma boucle. Arriverai-je au bout avant le 11 ? Les paris sont ouverts.

Cet article doit beaucoup au site de la vie rémoise. JYves SUREAU

 

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Annick Monéta 25/04/2020 20:37

L'immeuble en réfection est celui dans lequel Eisenhower a séjourné quelque temps pendant la seconde guerre mondiale, sauf erreur de ma part.
Et oui c'était bien un internat de jeunes filles dans lequel j'ai passé quelque mois après l'obtention du bac en;;;; 68. Je n'ai pas apprécier à l'époque la beauté du cadre, il faut dire bien moins mis en valeur qu'aujourd'hui! Merci pour ces itinéraires.

L 25/04/2020 16:43

Long long long

Pierre Bazart 25/04/2020 15:27

Très intéressant, merci. Pourquoi n'avoir pas signé ?
J'ai confirmation que l'actuelle maison du champagne Jacquart était l'internat des filles du lycée Roosevelt. A l'époque j'étais aussi étudiant à Roosevelt et je m'étonnais de voir rentrer le soir dans cette belle demeure un groupe de jeunes filles en rang par deux...

Munier G. 25/04/2020 11:32

Merci Martine pour cette nouvelle promenade, toujours aussi intéressante et documentée que les précédentes, ainsi que pour ta prose toujours agréable à lire. Le confinement à du bon !